Publié par Paolo Petrini le 03/07/2026
Non : les 100 000 € le m² restent l'exception à Monaco, pas la norme. Ce seuil n'est franchi que par une poignée de biens d'exception, alors que le prix moyen estimé d'une transaction s'établissait à 57 569 € le m² en 2025 selon l'IMSEE.
Studios, 2 pièces, 3 pièces, 4 pièces, 5 pièces et plus, penthouses et propriétés de prestige.
Le sommet du marché vaut donc environ 1,7 fois sa moyenne, mais l'exception se structure, et c'est précisément ce qui mérite examen. La question d'une nouvelle norme, L'Observateur de Monaco la posait dès février aux professionnels de la place, dont Eugenia Petrini, cofondatrice de notre agence, et l'actualité de l'été la relance : début juillet, la presse spécialisée rapportait deux ventes cumulant plus de 22 millions d'euros dans le Carré d'Or. Cette analyse confronte le seuil symbolique aux données publiques, et aux arbitrages que les acquéreurs d'appartements à vendre à Monaco opèrent chaque semaine sous nos yeux.
Analyse publiée le 15 juillet 2026. Données IMSEE arrêtées à décembre 2025 (Observatoire de l'Immobilier, édition février 2026).
Le seuil des 100 000 € le m² concentre l'attention, mais le prix du m² à Monaco reste avant tout une affaire de segments. Les repères ci-dessous situent le débat.
Conseil stratégique : raisonnez par immeuble, par étage et par ligne de prix, jamais par moyenne de quartier. Dans un même immeuble, la vue mer, l'étage ou les surfaces extérieures font fortement varier le prix : seule une expertise de terrain évalue correctement un bien. Les équipes de Petrini Exclusive Real Estate Monaco réalisent cette évaluation en toute confidentialité.
Le prix moyen estimé d'une transaction immobilière à Monaco s'établit à 57 569 € le m² pour l'année 2025, en très léger repli de 1,4 % par rapport aux 58 402 € de 2024, selon l'Observatoire de l'Immobilier publié par l'IMSEE en février 2026. C'est la référence statistique la plus solide dont dispose le marché, et elle situe immédiatement le débat : les transactions à plus de 100 000 € le m² se réalisent près de 75 % au-dessus de la moyenne de la Principauté.
Une précision méthodologique s'impose, car elle est presque toujours omise dans les articles qui circulent sur le sujet. Depuis son édition 2025, l'IMSEE n'établit plus le prix au m² sur les seules reventes, mais l'estime par régression statistique sur l'ensemble des ventes et reventes à superficie connue, villas et Monaco-Ville exclues. Les moyennes publiées avant 2025 ne sont donc pas directement comparables aux chiffres actuels. Sur l'ancienne série, close en 2024, le m² monégasque était passé de 14 784 € en 2006 à 51 967 € en 2024, soit une multiplication par 3,5 en dix-huit ans. Nous détaillons ces séries, quartier par quartier, dans notre étude du prix du m² à Monaco, mise à jour à chaque publication de l'IMSEE.
L'épicentre est Mareterra. Sur l'extension en mer, livrée fin 2024 au contact du Larvotto, les valeurs s'établissaient autour de 100 000 € le m² dès la commercialisation, et le Financial Times évoquait dès novembre 2024 des prix atteignant 120 000 € le m², qualifiant le programme d'immobilier le plus cher du monde. Nos équipes connaissent aujourd'hui des transactions qui dépassent encore ces références publiées. Le quartier de Mareterra n'existe pourtant pas administrativement : c'est une sous-section du Larvotto, absente en tant que telle des statistiques officielles, et c'est précisément elle qui tire tout le quartier vers le haut.
Le second foyer est le Carré d'Or et sa périphérie immédiate, où le seuil se franchit immeuble par immeuble. Selon les transactions et estimations suivies par notre agence, certains appartements ont dépassé les 100 000 € le m² dans des résidences comme le Mirabeau, le Sun Tower, les Floralies, le Park Palace ou La Petite Afrique, en plus des adresses régulièrement citées par la presse (26 Carré d'Or, One Monte-Carlo, Tour Odéon). La grille de lecture pertinente n'est donc plus le quartier mais l'immeuble : ces résidences cumulent l'emplacement de premier ordre, le standing irréprochable et les prestations sans équivalent (étages élevés, vues mer, surfaces extérieures) qui font les prix extrêmes.
Les statistiques publiques confirment cette géographie du sommet, tout en montrant leurs limites. Dans l'ancienne méthode de l'IMSEE, le Larvotto affichait 97 563 € le m² de moyenne en 2024, un chiffre que l'institut invitait lui-même à considérer avec précaution car calculé sur trois transactions seulement. C'est la leçon : à ces altitudes, chaque vente est un événement unique, et une moyenne de quartier n'a plus grand sens. Aucun acquéreur ne nous a d'ailleurs jamais demandé « un appartement à 100 000 € le m² » : il demande une adresse précise, une vue, un étage, et le prix qui en découle se situe à ces altitudes.
Cette géographie du sommet porte d'ailleurs un nom chez Petrini : le Triangle des Milliardaires, concept introduit par Eugenia Petrini pour désigner le corridor reliant le Casino de Monte-Carlo, le Métropole et Mareterra. La quasi-totalité des transactions à plus de 100 000 € le m² se réalisent à l'intérieur de ce périmètre, dont notre analyse du Triangle des Milliardaires à Monaco détaille les contours et la logique, à la jonction du Carré d'Or historique et du front de mer contemporain.
Le « record » du Renzo : ce que les gros titres ne disent pas
En avril 2026, Bloomberg a révélé l'acquisition par le milliardaire ukrainien Rinat Akhmetov d'un ensemble d'environ 2 500 m² au Renzo, à Mareterra, valorisé à quelque 471 millions d'euros. La quasi-totalité des médias a repris le chiffre et le titre d'« appartement le plus cher du monde », souvent sans consulter d'expert du marché monégasque.
Notre lecture de professionnels invite à davantage de nuance. Le montant avancé résulte d'une reconstitution documentaire, pas d'un prix de vente publié : l'accord a été conclu avant la livraison du programme, à des conditions nécessairement antérieures aux valeurs actuelles, et porte, selon notre connaissance du programme, sur plusieurs lots réunis. Une configuration de cette nature ne se valorise pas par une simple multiplication de la surface par le prix au m² du moment.
Personne, en dehors des parties, ne connaît le prix réellement acquitté. Ce chiffre doit être manié comme un ordre de grandeur, non comme un prix de marché constaté ; notre enquête sur l'appartement le plus cher du monde montre comment objectiver ces records au-delà des gros titres.
Parce que le capital se concentre au sommet du marché monégasque à un rythme jamais observé. En 2025, la Principauté a enregistré 5 ventes au-dessus de 100 millions d'euros, après 7 en 2024, et surtout 22 reventes au-delà de 20 millions d'euros, un niveau inédit selon l'IMSEE. Le montant total des reventes a bondi de 49,1 % en un an pour atteindre 3 249,7 millions d'euros, premier dépassement des 3 milliards de l'histoire de l'Observatoire, tandis que le prix moyen d'une vente dans le neuf s'établissait à un sommet de 40,8 millions d'euros.
Cette concentration rencontre une offre structurellement contrainte : un territoire d'à peine plus de 2 km², un parc neuf livré au compte-gouttes et une demande internationale qui ne faiblit pas. Nous décrivions cette bascule dès février dans notre analyse Monaco Immobilier 2026 : le marché ne monte plus de façon uniforme, il se polarise. Les capitaux les plus importants se disputent un nombre décroissant de biens irremplaçables, et c'est cette rareté au carré qui fabrique les prix à six chiffres au mètre carré.
La moyenne monégasque masque en réalité trois marchés qui cohabitent. Un marché courant, celui des studios et deux pièces des immeubles ordinaires, qui s'échange sous la moyenne de la Principauté. Un marché prime, celui des immeubles de standing bien placés, qui gravite entre la moyenne et les records de quartier. Et un marché ultra-prime, celui des adresses d'exception, où le prix se négocie bien au-delà de toute statistique. Le tableau ci-dessous situe chaque quartier sur cette échelle.
Prix moyen estimé du m² par quartier en 2025
Source : IMSEE, Observatoire de l'Immobilier édition 2025 (nouvelle méthode d'estimation)
| Quartier | Prix moyen estimé 2025 | Repère Petrini |
|---|---|---|
| Mareterra | non isolé par l'IMSEE | Sous-section du Larvotto sans existence administrative ; « l'immobilier le plus cher du monde » (Financial Times) ; transactions observées par nos équipes au-delà des 120 000 €/m² publiés |
| Larvotto | 71 167 €/m² | Premier quartier au-dessus de 70 000 €, tiré vers le haut par les ventes de Mareterra |
| Carré d'Or | non isolé par l'IMSEE | Micro-quartier au cœur de Monte-Carlo ; notre agence estime sa moyenne autour de 80 000 €/m² en 2026 |
| Monte-Carlo | 54 009 €/m² | Cœur battant du marché prime, écarts très forts entre adresses |
| Fontvieille | 52 518 €/m² | Valeur sûre familiale, offre rare à la vente |
| La Condamine | 52 104 €/m² | Quartier en mutation, port et vie locale |
| La Rousse | 51 265 €/m² | Tours récentes et vues hautes, bon rapport prestations-prix |
| Jardin Exotique | 45 168 €/m² | Porte d'entrée du marché monégasque |
| Les Moneghetti | 43 797 €/m² | Marché courant, opportunités de rénovation |
Tableau réalisé par Petrini Exclusive Real Estate Monaco. Prix moyens estimés par régression sur ventes et reventes (villas et Monaco-Ville exclues), méthode IMSEE 2025.
L'écart de 1 à 1,6 entre le haut et le bas des moyennes de ce tableau ne dit pas encore tout : à l'intérieur d'un même quartier, un bien d'exception peut valoir plus du double d'un bien courant. Dans le Carré d'Or, les étages élevés des résidences emblématiques se traitent très au-dessus des transactions ordinaires du même périmètre.
Le segment ultra-prime a par ailleurs sa propre demande, que nous voyons se former chaque semaine. Notre agence accompagne une clientèle correspondant au profil des ultra high net worth individuals installés à Monaco, du multimillionnaire au milliardaire. L'engouement actuel se concentre sur Mareterra, en particulier sur la résidence des Jardins d'Eau, qui suscite un volume de demandes remarquable, et sur les villas du programme : elles ne sont que 10, sept en front de mer et trois dites « collines », une rareté absolue qui pousse leurs valeurs toujours plus haut faute du moindre bien disponible.
Oui pour certains appartements du Carré d'Or et de Mareterra, où il est déjà une réalité quotidienne ; non pour l'ensemble du marché monégasque. Rien, dans les données 2025, n'indique une diffusion des prix à six chiffres vers le marché courant : la moyenne de la Principauté a même légèrement reflué (-1,4 %). En revanche, la norme s'étend de proche en proche au sommet, immeuble par immeuble, portée par la rareté de l'offre ultra-prime et par une demande internationale que confirme le record de très grandes reventes de 2025.
Notre lecture de professionnels appelle toutefois une mise en garde que peu d'observateurs formulent : les moyennes actuelles sont mécaniquement gonflées par Mareterra. Les ventes du programme, réalisées pour l'essentiel en 2024 et 2025 à des niveaux d'exception, pèsent lourdement dans les statistiques de ces deux années. Or aucune livraison ultra-prime comparable n'est attendue à court terme : sans nouvelles ventes de neuf d'exception pour alimenter les moyennes, nous ne serions pas surpris que les statistiques de 2026 ou 2027 affichent un repli du prix au m². Il ne faudra pas y lire un retournement du marché, mais un réalignement parfaitement normal sur le prix de marché réel, après une année 2025 véritablement exceptionnelle.
Ce prix de marché réel, lui, devrait poursuivre sa progression de fond. La fiscalité, la sécurité, le climat et la position géographique de la Principauté restent des fondamentaux intacts, de nouvelles familles s'installent chaque année, et dans un monde instable, l'appartement monégasque s'affirme comme un actif patrimonial à part entière, refuge dans un monde incertain. Ce n'est pas une formule d'agent immobilier : c'est une conviction fondée sur ce que nous voyons chaque jour, un marché atypique et unique qui a tout pour se maintenir dans les années à venir.
Pour un acheteur, la conséquence pratique est immédiate : la moyenne de quartier ne suffit plus à évaluer un bien, il faut raisonner par immeuble, par étage et par ligne de prix. Payer un prix ultra-prime ne se justifie que si le bien cumule réellement les attributs du segment ; à l'inverse, certains biens prime bien choisis offrent aujourd'hui un couple qualité-prix plus favorable que les records médiatisés ne le laissent penser, et notre guide d'achat immobilier à Monaco détaille les critères qui séparent ces segments.
Pour un vendeur, le principal risque est celui de l'ancrage : les records de presse installent des attentes que le marché ne valide que pour une infime minorité de biens. Une estimation rigoureuse part des transactions comparables réelles de l'immeuble et du micro-quartier, pas des titres de journaux.
Le cas s'est encore présenté récemment à l'agence : un propriétaire souhaitait aligner son prix de mise en vente sur les records relayés par la presse, alors que les transactions comparables de son immeuble racontaient une tout autre histoire. C'est le retour à ces références réelles, adresse par adresse, qui permet de positionner un bien de façon crédible face à des acquéreurs monégasques particulièrement bien informés.
Le seuil des 100 000 € le m² raconte moins une flambée générale qu'un changement de nature du sommet du marché monégasque : une poignée de biens y sont devenus des actifs de collection, valorisés comme des œuvres uniques, à l'image d'une villa d'exception au Bay House que notre agence propose actuellement, en toute discrétion, à une clientèle ciblée. Le reste du marché, lui, continue d'obéir à ses fondamentaux, la rareté, l'emplacement et la qualité intrinsèque de chaque immeuble. C'est sur cette lecture à plusieurs vitesses, nourrie par plus de quarante ans d'expérience du marché monégasque, que nous fondons nos estimations comme nos recommandations d'acquisition.
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